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J’avais découvert Taormina la veille, couverte de nuages, trempée de pluie, comme prostrée sous le mauvais temps. La ville, accrochée à une falaise surplombant la mer et dominée par l’Etna tout proche, est de fondation ancienne : les Grecs furent peut-être les premiers à s’y installer, les Romains y firent de grands travaux, les Arabes, les Normands, les Français et les Espagnols y passèrent tous.

Je quittais ma chambre vers neuf heure pour découvrir un ciel d’un bleu parfait, de ces bleu qu’un nuage ne viens troubler. Prenant la direction de la Porta Messina, je gagnais l’extrémité nord de la vieille ville, sortant des murs pour découvrir une petite église que je ne pus toutefois visiter pour cause de messe. Rebroussant chemin, je gagnais alors le célèbre théâtre antique de la ville, une réalisation grecque largement réorganisée par les Romains qui cherchèrent à en faire un lieu approprié pour les jeux usuellement pratiqués dans les amphithéâtres : gladiature et combats de fauves.

Dans un site splendide offrant une vue magnifique sur la région, le théâtre présente en plus un remarquable étant de conservation dû en partie, comme je l’appris d’une inscription latine trouvée dans les ruines, à une campagne de restauration ancienne qui vit un notable incorporer certains vestiges là où il le pouvait pour le rendre « plus complet »….

Malheureusement plusieurs paquebots ayant déversé leurs passagers dans la ville, la visite fut aussi une tentative pour trouver des points de vue ou simplement de passage qui ne soient pas encombrés par les centaines de visiteurs déversés en un coup dans le site…

Quittant le théâtre, je gagnais ensuite le lieu-dit « les naumachies », a priori le mur de soutènement d’une ancienne citerne ou un élément d’un ancien gymnase gréco-romain, aujourd’hui une longue muraille de briques rythmée par de nombreuses niches semi-circulaires ou rectangulaires. Devant elle, des parterres débordent d’une luxuriante végétation rendue verdoyante par les pluies de la veille.

Je passais le reste de ma matinée à me promener dans les rues et ruelles de la ville, regardant les devantures des bijoutiers, celles des marchands d’artisanat (essentiellement céramique), les façades des anciens palais remontant à diverses époques de la ville, …

Bref je flânais sans but précis, sachant que le train pour Messine ne partirait pas avant quatorze heure cinquante. Une pause sur une terrasse ensoleillée, une salade et un coca, un peu de temps passé à rédiger la chronique des derniers jours, un moment passé à écouter de la bonne musique en regardant les passants… J’avais envisagé Taormina comme une étape détente, et c’est exactement ce que je fis !

Prenant finalement un taxi pour redescendre le long de la mer, je gagnais la gare pour prendre mon train. Une heure plus tard et j’arrivais à ma dernière étape sicilienne, Messine. Une cité que l’histoire n’a pas épargnée et qui n’a, de ce fait, pas grand-chose à offrir au touriste aux envies culturelles, particulièrement un jour férié… Quelques façades, sa cathédrale, et c’est pratiquement tout… Cependant c’est ici que je dois attendre le train de nuit qui m’emportera vers Rome aux alentours de vingt-deux heures.

La cathédrale, bien que largement reconstruite suite au grand tremblement de terre de 1908 et aux aléas de la seconde guerre mondiale, s’avéra assez belle, avec un magnifique portail renaissance, un espace intérieur majestueux, des mosaïques murales dans le chœur principal et les deux chapelles latérales, des jeux de pierres au sol, un plafond peint réplique de celui d’avant le tremblement de terre.

A la droite de la cathédrale, un beffroi abrite une horloge astronomique richement animée conçue en France dans les années trente, un bel ensemble qui semble prendre vie à chaque quart d’heure lorsque deux des statues sonnent les cloches…

Je fis ensuite un tour du quartier, errant ici et là tout en restant à proximité de la cathédrale, afin de retrouver aisément mon chemin jusqu’à la gare. Trouvant un bar-restaurant à côté à deux pas de l’église, j’y entrais et m’offris un apéro sous forme d’un mojito-canelle avant de commander un plateau de bruschetta et un plat de spaghettis à l’espadon, une spécialité locale que j’accompagnais d’un verre de vin blanc, dégustant lentement chaque plat en faisant trainer le plus longtemps possible le repas, ayant tout de même près de quatre heures à tuer avant de gagner la gare où j’aurais sans doute encore une bonne demi-heure d’attente, délais que j’espérais pouvoir passer dans mon wagon…

Je dû quand même passer ce délais sur le quai car le train de nuit pour Rome est en fait composé de la réunion d’un train en provenance de Catane et d’un autre en provenance de Syracuse, lesquels embarquent séparément à bord d’un ferry avant d’être réunis une fois sur le continent.

Expérience étrange que de se savoir à bord d’un train mais aussi d’un bateau ! Une fois le train arrimé je montais sur le pont et observait le port et son activité, la côte sicilienne et la côte de Calabre. Si la mer semblait calme, même s’il y avait un peu de vent, le port était lui relativement actif, plusieurs navires accostant ou larguant les amarres durant la petite demi-heure que je passais sur le pont.

Notre ferry finit par quitter le pont, mettant le cap vers ce détroit où les marins antiques redoutaient les deux monstres mythiques qui avaient fait sombrer le navire d’Ulysse et celui de tant d’autres marins

Finalement je redescendais me coucher, sensation encore plus étrange où vous tanguez doucement avec le roulis du navire, la tête à bâbord et les pieds à tribord, toujours dans un train… Je sentis clairement la manœuvre d’accostage, les vibrations des hélices fouettant l’eau à contresens afin de ralentir le navire, puis j’entendis le bruit de la passerelle que l’on abaissait, sentit le train passer sur le frêle pont métallique, gagner les voies normales, prendre son élan et démarrer pour sa course vers Rome…

Pour ma part, bien installé sur ma banquette étonnamment confortable et spacieuse, j’étais déjà en route pour les terres d’Hypnos, l’esprit ayant devancé le train vers sa destination…

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Type : Voyage en transports en commun avec trois jours en compagnie d’un chauffeur particulier

Durée : deux semaines et demi

Transport : Avion, train, bus, voiture privée

Une fois encore c’est relativement tôt que je quittais les bras de Morphée, faute non pas à un manque de confort du lit, bien au contraire, mais bien à un horaire difficile. Je me rendis vite compte que la journée serait pluvieuse, une averse obscurcissant déjà le ciel et engendrant quelques embarras de situation chez des conducteurs plus habitués au soleil.

Je me rendis vers la gare, pratiquement à l’autre bout de la ville, en empruntant rapidement un bus : il tombait des cordes et déjà je sentais ma veste transpercée au bout de seulement une dizaine de minutes de marche. Arrivé vers neuf heure moins le quart, je pris un billet pour un bus partant une demi-heure plus tard, un délais que je passais à observer, quelque peu inquiet, la montée des eaux : déjà trois à quatre centimètres dévalaient la pente de l’avenue conduisant à la place de la gare, une avenue que j’aurais à traverser pour gagner mon véhicule…

Le temps de trajet normal est de tout au plus une heure et demi. Il fallut une demi-heure de plus à notre chauffeur, qui refusa aussi de s’arrêter à plusieurs stations de peur qu’en ouvrant la porte il n’inonde son véhicule. Heureusement il put me déposer à proximité du musée archéologique. Cependant pour l’atteindre je devais tout de même traverser au moins deux avenues. Deux avenues dans lesquelles coulaient près de vingt centimètres d’eau en furie !

Cherchant un gué, je fini par trouver un lieu ou un repli du terrain assurait la présence de seulement une dizaine de centimètres… Prenant mon courage à deux mains et profitant de la présence de quelques voitures qui cassaient un peu le courant, je traversais, mouillant au passage mes bas de pantalon jusqu’à hauteur des genoux, et ce alors que la pluie continuait de tomber dru…

Je commençais par me réfugier dans le sanctuaire de la Santa Marie del Lacrima, une vierge dont j’eu apprécié qu’elle pleure un peu moins vu les circonstances… Plus sérieusement ce sanctuaire, dont la haute coupole contemporaine domine toute la ville, est une belle réussite de l’architecture moderne, pouvant faire penser à ces structures que l’on voit parfois dans les films sur Brasilia ou d’autres projets des années 60 ou septante, époque justement de sa construction.

Des trais de béton volent vers le ciel avec une courbe raide, tendant vers l’infini, séparées par d’étroites fenêtres qui assurent un minimum de lumière à l’ensemble, une lumière renforcée par la présence de spots qui viennent aussi éblouir le visiteur, formant un bon contraste. La salle pratiquement ronde comprend aussi sur ses flancs un certain nombre de niches, chapelles ornées de vitraux à l’esthétique plus discutable. A l’intérieur de la voute le bruit du tonnerre ou des cloches résonne aussi d’une façon particulière, une véritable expérience totale pour le visiteur.

Sortant de mon divin abri, je gagnais ensuite le musée voisin. Très riche, il abrite ce qui est sans aucun doute une des plus belles collections de céramique grecque archaïque au monde, notamment de magnifiques pièces corinthiennes et de très beaux éléments architectoniques peints.

Le musée se veut un point central pour aborder l’archéologie de toute la région et comprend pour se faire un certain nombre de salles qui, partant de la préhistoire la plus lointaine, va examiner site par site les diverses évolutions des cultures humaines jusqu’à la période romaine. Des panneaux explicatifs fort riches, usuellement traduits en anglais, présentent les sites et n’hésitent pas à mettre en lumière des phénomènes complexes pour les non-spécialistes, à l’instar de l’influence mycénienne sur les cultures siciliennes du dernier quart du second millénaire avant notre ère.

De nombreux plans et photos viennent aussi donner au visiteur une idée de ce à quoi peuvent ressembler les lieux mentionnés, avec notamment de très utiles cartes de plusieurs des sites visités au cours des jours précédents, les photos étant parfois bien plus claires que ce que l’on peut voir aujourd’hui car elles datent de l’époque des fouilles ou d’un temps où les sites n’étaient pas encore envahis par les herbes folles et laissés à l’abandon… Megara Hyblea, Eloros ou encore Akrai figurent ainsi parmi les nombreux sites ayant fait l’objet d’explications détaillées, tout comme d’ailleurs Leontinoi, que je n’avais pu visiter en raison des travaux de réfection y ayant court.

Au sortir du parcourt régulier, amputé de la section romaine en court de réorganisation, je visitais également une exposition temporaire inaugurée une semaine plus tôt et ayant pour chef-d’œuvre un casque grec prêté par le British Museum et ayant une valeur toute particulière pour Syracuse : le casque du tyran Hiéron, commandant des forces grecques d’occident qui repoussèrent les Carthaginois pratiquement au moment où les Grecs du continent repoussaient les Perses à la bataille de Platées, en 479 avant notre ère. 

Ce casque, Hiéron l’avait offert au sanctuaire de Zeus à Olympie, avec une inscription expliquant son acte. Bien sur l’affirmation selon laquelle les deux batailles eurent lieu à la même date est une invention de la propagande d’un Hiéron soucieux d’afficher une bonne raison pour justifier de son refus d’envoyer des troupes à Platées, mais il n’en reste pas moins que cette bataille fut effectivement importante pour l’histoire sicilienne du cinquième siècle ainsi que pour l’histoire étrusque et, par ricochet, romaine : Hiéron devait en effet mener une nouvelle armée quelques années plus tard qui allait libérer Cumes (dans la région de Naples) de l’influence étrusque et affaiblir durablement la grande confédération d’Italie centrale, au profit bien entendu de Rome.

L’exposition présentait, outre le casque, divers éléments d’armement de l’époque ainsi que quelques monnaies ou objets représentant des guerriers. Rien d’exceptionnel mais tout de même des pièces moins usuelles, à l’instar de ces ceintures d’armure en bronze.

Alors que j’admirais le casque, d’un type assez simple d’ailleurs, une autre visiteuse m’accosta et me demanda (en italien) mon ressentit face à l’objet. Ecrivain, elle m’expliqua qu’elle ressentait une grande émotion à voir cet objet de près de deux mille cinq cent ans dans cette vitrine, sous le feu des projecteurs… Je lui répondit (là encore, et autant que mes modestes possibilités me l’aient permit, en italien) que pour ma part il s’agissait plus de curiosité et d’analyse que d’une réaction émotionnelle, avec bien sur l’éternelle surprise face à des objets si anciens, ici renforcée par le caractère « célèbre » de l’objet…

Quittant ensuite le musée, je découvris avec soulagement que l’averse avait cessé et que la majeure partie de l’eau avait dévalé les pentes de la cité en direction du port. Je pris donc la direction de la station pour y prendre le train de Taormina, lequel devait quitter la ville vers quatorze heure trente.

Le trajet se fit sans encombre, mais j’arrivais alors que planaient de lourds nuages déversant sur la ville des pluies qui, si elles n’atteignaient pas le niveau des précipitations du matin, n’en restaient pas moins importantes.  C’est donc en taxi que je gagnais mon hôtel situé sur la rue principale de la ville.

Là, après un long moment passé essentiellement à sécher et à me reposer, je sortis manger dans un restaurant recommandé par mon guide vert. J’y goutais les spaghettis à l’encre de seiche, le restaurant étant réputé pour ses poissons, avant de m’attaquer à une pizza « taormina », essentiellement une pizza poivrons et jambon sur un lit de mozzarelle un peu trop crémeux à mon goût. Le vin, lui, s’avéra honnête sans être non plus le plus grand des crus qu’il m’ait été donné de boire sur l’île, un titre revenant sans doute au verre prit dans le restaurant d’Aidone (dont il faut dire qu’il s’agissait en fait d’un verre de bon vin d’une bouteille ouverte mais finalement non consommée par un client du midi).

Le temps étant toujours pluvieux, je rentrais rapidement et allait me coucher afin de profiter au mieux d’une journée de Toussaint que j’espérais bien meilleure…

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Type : Voyage en transports en commun avec trois jours en compagnie d’un chauffeur particulier

Durée : deux semaines et demi

Transport : Avion, train, bus, voiture privée

C’est sur six heure que je réglais mon premier réveil, la journée promettant d’être longue. Au programme, la ville de Catane : train à sept et demi, arrivée à huit heure quarante, et rencontre avec un archéologue des services de la ville prêt à me faire découvrir ses secrets antiques les mieux cachés.

J’avais rencontré Euplio, pour utiliser son pseudonyme internet, sur le site skyscrapercity, une ressource des plus intéressante pour qui s’intéresse à l’architecture contemporaine mais aussi, et je l’avais oublié, à l’architecture et à l’urbanisme ancien. Communauté de passionnés, ce site couvre le monde entier. C’est à la veille de mon départ que j’avais songé à le consulter pour voir s’il ne contiendrait pas des informations relatives à la Sicile, mon usage habituel concernant plutôt les projets immobiliers de mon quartier.

A l’heure dite je débarquais sur le quai, constatant que le ciel était gris sans être menaçant. Euplio m’attendait à la sortie de la gare et nous nous mîmes immédiatement en route. Il ne pouvait me consacrer que la matinée, mais entendait bien me faire découvrir l’essentiel du patrimoine historique et archéologique de la cité. Chaque mur se révélait témoin du passé de la cité, chaque arche abandonnée, dernier vestige d’un édifice perdu, venait nous parler d’époques révolues.

Une des particularités de Catane est que malgré de multiples destructions elle semble avoir toujours conservé son plan urbanistique antique, que ce fut au travers de la période médiévale ou après les tremblements de terre et les coulées de lave qui la frappèrent au fil des siècles. De nombreux bâtiments présentent donc des fondations qui ne sont autre que les premiers niveaux de murs antiques. D’autres édifices se sont simplement vu construire avec les pierres de bâtiments romains effondrés, à l’instar de la cathédrale, qui fut sans doute érigée à l’aide des pierres des thermes sur lesquels elle est bâtie (mais que je ne pu malheureusement pas visiter).

Euplio me montra les vestiges d’une hypogée, aujourd’hui perdue au cœur d’un quartier d’habitation, qui avait servi de four de potier à une congrégation de moines installée dans le secteur. Il me fit également découvrir les vestiges de deux complexes thermaux secondaires, et me fit visiter la cathédrale en pointant les aspects les plus importants de sa construction, en ce compris la belle façade extérieur du chœur et des chapelles absidiale, cette façade faîte de lave façonnée dans une belle succession d’arcs qui sont peut-être une des premières, si pas la première, utilisation de ce type de décors en Europe.

L’utilisation de la pierre volcanique, relativement légère, a aussi permis d’éviter d’alourdir l’édifice avec des contreforts ou d’avoir à lui adjoindre des arcs boutants, ce qui lui offre une certaine souplesse. A l’intérieur, deux belles chapelles forment l’élément le plus remarquable même si, là encore, les indications d’Euplio révélèrent maints détails plus ou moins cachés et remontant pour certains à l’édifice normand qui fut la première cathédrale du site.

Cependant ce fut le complexe du théâtre et de l’odéon qui se révéla le plus riche. Longtemps recouverts d’habitats, le théâtre étant même traversé par une rue médiévale, le complexe a été en large part dégagé des demeures qui s’y étaient installées. Certaines furent cependant laissées en place, que ce soit la petite demeure d’un artisan détruite par un tremblement de terre et jamais dégagée, capsule temporelle qui se révéla précieuse pour les archéologues, ou encore les prémices d’un grand palais jamais achevé. Mais aussi, et plus intéressant encore, la maison de la famille Liberti, une demeure restée dans son état de la première guerre mondiale, meubles originaux compris : son propriétaire l’avait en effet léguée à la cité et c’est désormais un musée à cet univers disparu combiné à un petit cabinet d’antiquités, l’homme étant collectionneur.

Si l’odéon est en mauvais état, largement détruit et uniquement visible de l’extérieur : nous ne nous sommes pas attardés sur sa visite. Par contre le théâtre est lui fort bien conservé : fondations du mur de scène, gradins sur trois niveaux, passages voutés de circulation, patios des artistes, tout est encore visible. Mais ce qui rend l’endroit pittoresque c’est surtout le passage de l’eau, une des rivières de la cité passant dans le théâtre et ayant inondé l’orchestra, transformée en petit lac, après s’être fait un passage dans les couloirs de l’aile droite (en regardant la scène depuis les gradins) de l’ensemble.

Cheminant sous les lierres ou dans des « grottes » éclairées qui donnent l’impression d’être un explorateur du dix-septième, l’eau chante et enchante. Profitant de ses privilèges, Euplio n’hésita pas à me montrer certains secteurs à l’accès usuellement plus restreint, lieux plein de charme pittoresque propices à une rêverie romantique (au sens du courant artistique).

De même, quelques minutes plus tard il me montrait, dans la cave d’un café situé près du marché aux poissons, un autre passage souterrain de l’eau, un lieu que ses propriétaires ont su merveilleusement mettre en valeur avec un éclairage qui vient renforcer la magie de la place.

Je ne parlerais pas ici de toutes les autres choses que me montra Euplio, mais sachez qu’il me fit découvrir encore nombre d’autres endroits de la ville, avec à chaque fois une anecdote ou une explication historique, comme lorsque nous avons discuté de la possible position du cirque et de son lien avec le système défensif antique. Au final une visite qui ressemblait un peu à un épisode de "Des Racines et des Ailes", en vrai et en mieux encore car ici nul besoin de vulgariser.

C’est un peu avant quatorze heure que mon guide me quitta, après aussi m’avoir fait découvrir un rafraichissant cocktail local à base de sirop de mandarine, de jus de citron vert, d’aquaselzer et d’anis ou, dans ce cas-ci, de Sambucco, un mélange fort appréciable servit dans un établissement situé au dessus d’une rivière souterraine superbement mise en valeur par les propriétaires des lieux.

Je passais le reste de l’après-midi à déambuler dans les rues de la vielle ville avant de finalement gagner mon hôtel, ce dernier étant quelque peu excentré. J’y découvrais une chambre très sixties, au lit très confortable ou je me reposais avant de me mettre en quête d’un restaurant. Celui recommandé par mes hôtes étant clos, je jetais mon dévolu sur la seule trattoria ouverte du quartier (un choix facilité par le fait que je ne voulais pas faire les trois ou quatre kilomètres me séparant du centre-ville alors que le pavé était humide et le ciel chargé…)

Un plat de pasta alla norma et un beefsteak composèrent mon menu avant que je ne regagne ma chambre sachant que la journée du lendemain serait aussi assez chargée. Ma seule crainte était que la météo ne se montre pas clémente pour mon bref passage à Syracuse et ma découverte de Taormina…

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Durée : deux semaines et demi

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Quoique résident depuis déjà deux jours à Syracuse, ce n’est que ce lundi que je me mis à vraiment partir en quête de ses richesses. Syracuse c’est bien entendu le souvenir des combats contre Athènes, de la bataille navale du Grand Port, des prisonniers libérés s’ils savaient réciter des vers d’Euripide, la terrible histoire des tyrans qui ravagèrent l’île pour lutter contre les Carthaginois et asseoir leur propre pouvoir…

C’est vers la zone archéologique du théâtre, de l’amphithéâtre, de l’autel monumental de Hiéron II et des latomies que je me dirigeais d’abord, une promenade vivifiante de quelques quarante minutes pour gravir la colline conduisant au site, traversant au passage l’ancien forum devenu parc orné de trois colonnes survivantes des vicissitudes de l’histoire.

Sur place j’eu quelques difficultés à localiser la billetterie, située tout au bout d’une foire d’attrape-touriste, de l’autre côté d’une route importante qu’il faut donc traverser pour gagner le parc archéologique. Une fois à l’intérieur toutefois je commençais par faire le tour de l’amphithéâtre, assez bien lisible avec ses structures internes, en ce compris une partie des salles destinées aux mécanismes, bien visibles. Bien sur l’état de conservation de l’ensemble est loin de s’approcher de celui du Colisée ou même de celui de Trèves (ne parlons pas de Vérone ou de Nîmes), mais il peut sans doute être comparé à celui de Capoue.

Quittant les jeux du cirque, je descendais ensuite le chemin conduisant vers l’intérieur du site, admirant au passage le monumental autel de plusieurs dizaines de mètres de long, partiellement taillé à même la roche, que le tyran Hiéron avait fait tailler. A vrai dire c’est peut-être l’un des vestiges les moins impressionnants du site, malgré ses dimensions, parce que la plupart des gens n’y verront guère qu’un grand tas de pierre entouré de quelques marches, ne l’imaginant pas point focal d’une grande place portiquée, les prêtres et leurs acolytes s’y activant qui à amener une victime sacrificielle, qui à débiter l’animal, qui à veiller à l’entretient des brasiers…

Continuant ma route, je parvins au théâtre. De très grandes dimensions, situé dans un très beau site, il se marie à merveille à la colline, une colline qui le domine également, une couronne de roche au centre de laquelle se trouve une belle fontaine d’où jailli l’eau apportée par un aqueduc tandis que de part et d’autre de cette dernière sont taillées de petites sépultures rupestres.

Les gradins du théâtre sont divisés en deux niveaux séparés par un passage sur les murs duquel on peut encore relever quelques inscriptions, des noms de divinités et de membre de la famille de l’un des tyrans, des noms qui déterminent en fait les sections verticales de l’ensemble.

Je restais un instant assis à admirer la vue depuis le sommet des gradins avant de lentement revenir vers la sortie, tournant au dernier moment dans un passage sis à gauche et conduisant au cœur des latomies du paradis (à comprendre ici au sens oriental de jardin) et à l’oreille de Denys, cette grotte artificielle à la forme improbable et à l’acoustique étonnante.

Je m’enfonçais dans cette dernière, laissant pendre mes écouteurs autour de mon coup et écoutant Vangelis amplifié par la forme de la cavité, les sonorités de l’album Mythodea résonnant dans des lieux présentement déserts à l’exception de ma petite personne…

L’arrivée d’un bruyant groupe de teutons tout juste débarqués d’un paquebot me fit toutefois fuir les lieux, aussi enchanteurs fussent-ils, et regagner la sortie du site pour redescendre vers Ortygie, l’île qui fut le premier noyau de la ville et qui aujourd’hui encore concentre la plupart de ses monuments.

Vous me demanderez peut-être pourquoi je ne me suis pas rendu au musée archéologique, pourtant relativement proche ? Et bien tout simplement en raison d’une erreur de planning, ou plutôt d’une décision malencontreuse prise sur base d’informations erronées : on m’avait en effet indiqué qu’il était en cours de rénovation et que la plupart de ses salles étaient inaccessibles. Pourtant des affiches en villes me prouvèrent le contraire et annonçaient en même temps une exposition des plus intéressantes, mais aussi que le lundi est jour de fermeture du musée… Au vu de mon programme j’ai donc décidé que mon mercredi ne serait pas intégralement consacré à Taormine comme initialement prévu mais que je reviendrais de Catane pour passer la matinée à Syracuse et prendre un train aux alentours de midi pour gagner Taormine…

Mais revenons-en à la découverte d’Ortygie, première promenade à la lumière du jour. Des petites ruelles vivantes, souvent bordées de belles façades, une promenade le long de la mer offrant des instants de calme et de sérénité face au soleil et aux eaux venues s’échouer contre les rochers, le bruissement des vagues comme toile de fond rarement interrompue par les bruits de la circulation motorisée…

Mais l’île est aussi habitée par les ombres de l’Antiquité, des ruines du temple d’Apollon aux colonnes de celui d’Athéna, sans doute le plus ancien temple dorique de l’île, convertit très tôt en cathédrale. Une cathédrale atypique, avec ces colonnes qui forment l’ossature des murs extérieurs, rythmant tant les façades latérales que les murs interne, cette cathédrale dont les partitions internes ne parviennent pas à masquer les origines…

Ressortit sur la piazza del Duomo, je m’offris un bain de soleil sur l’une des marches du porche du temple/église, contemplant les belles façades avant de reprendre mon cheminement. Mais vers quinze heures le vent de plus en plus fort me contraint à me réfugier à mon hôtel pour un moment de rédaction et de repos.

Ressorti quelques heures plus tard pour un dernier repas dans la cité, je jetais mon dévolu sur un restaurant offrant un repas honnête mais sans plus composé d’un plat de pâtes aux épinards suivit d’une pizza Calzone Verde, le tout accompagné d’un pichet de vin blanc pour changer. Un ensemble des plus agréable qui devait se poser en dernier souvenir positif de mon passage à Syracuse.

 

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Syracuse

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Durée : deux semaines et demi

Transport : Avion, train, bus, voiture privée

Bon, d’accord, elle était facile. Mais il est vrai que l’une des principales visites de la journée s’y prêtait bien… Reprenons toutefois les choses dans l’ordre. C’est donc vers neuf heures que Giuseppe m’envoya un sms m’indiquant qu’il était au pied de mon hôtel, comme convenu, pour notre dernier jour de visites communes.

Au programme, une ville antique, une villa romaine, une autre ville antique. Et puis est donc venu s’insérer une ville baroque, parce que le planning le permettait contrairement à mes attentes. C’est vers Noto que la voiture mis le cap, quittant Syracuse sans encombre et rejoignant l’autoroute conduisant vers le sud. Noto, c’est l’une des trois pointes de ce que l’on appelle le triangle baroque (avec Syracuse et Raguse pour les deux autres pointes).

Mais mon principal intérêt n’est pas le baroque et à vrai dire mon plan initial ne prévoyait pas d’arrêt dans la ville « moderne », lui préférant les ruines d’Eloro, colonie grecque au bord de la mer. Après un parcours au milieu de nulle part mais bien indiqué, nous y sommes arrivés pour découvrir porte close et haute végétation. Cependant un couple venu se promener sur la plage voisine nous indiqua que la barrière du site s’interrompait quelques mètres plus loin.

Ne souhaitant pas avoir fait le déplacement pour rien, je décidais de franchir la limite disparue et de pénétrer sur le site. Autant dire tout de suite que l’état d’abandon de la clôture est à la hauteur de l’état d’abandon des ruines, avec une végétation haute abritant autant de pierres que de vipères et de lézards, des animaux heureusement farouches qui ne cherchèrent qu’à s’enfuit à notre arrivée.

Une petite demi-heure sur ce site par ailleurs infesté de moustique et je franchissais à nouveau l’espace entre les poteaux de l’ancien grillage, à proximité de la porte nord de la cité. Toute ma visite durant j’avais été accompagné par un vent relativement fort, aussi fut-ce avec satisfaction que je regagnais l’abri de la voiture.

Notre destination suivante n’était distante que de trois kilomètres en remontant le cours de la rivière Tellaro, à l’embouchure de laquelle est bâtie Eloro. Là nous attendaient les vestiges d’une villa romaine ayant révélé de très belles mosaïques. Moins vaste dans ses parties explorées et visitables que la villa del Casale, cette demeure du quatrième siècle de notre ère présente des scènes relevant pour partie du même domaine (chasse notamment) et pour partie de thématiques plus mythologiques non abordées dans le site visité deux jours plus tôt, le tout réalisé avec plus de finesse encore, comme en témoigne la taille des tesselles.

Il ne fallut qu’une dizaine de minutes pour admirer les pièces présentées, après quoi je décidais de profiter de notre avance et de la proximité de Noto pour découvrir ce joyau de l’art baroque, une cité intégralement construite sur un site vierge  suite à la destruction de l’ancienne par un tremblement de terre survenu en 1693.

Construite selon un plan organisé dès le départ, faisant appel à toutes les techniques pour jouer sur les lignes, les courbes, les déclivités, la ville offre une foule de perspectives offertes par des bâtiments à la belle couleur dorée de la pierre vieillie par un soleil généreux. Pendant près d’une heure et demi nous avons donc flâné, nous interrompant juste le temps d’une pause rafraichissante dans un café local, n’hésitant pas à monter des escaliers pour découvrir les intérieurs souvent joliment décorés des églises, lesquelles adoptèrent pour la plupart un baroque assez doux et loin des excès que l’on peut trouver plus au nord.

Construite autour d’une voie principale, centrale, entrecoupée de trois larges places, la cité s’est aussi structurée sur le plan social avec trois niveaux qui s’étagent perpendiculairement à l’axe central : noblesse, Eglise et gens du peuple sont donc clairement identifiés dans le plan de cette cité nouvelle…

Quittant Noto, nous avons ensuite prit la direction de Palazzolo Acreide, une petite bourgade aux façades fatiguées, vite traversée pour gagner les ruines de l’ancienne Akrai. Là, heureusement, nous avons découvert que nous arrivions juste avant une fermeture exceptionnelle du site pour cause de fête religieuse ! En guise de religion c’est donc notre vœu de découvertes qui fut exaucé par le sort !

Le site comprend quatre éléments essentiels : quelques restes d’habitat, un théâtre assez bien conservé à l’arrière duquel se cache un bouleuterion bien plus endommagé, un temple au tracé difficile à lire et une nécropole rupestre offrant au visiteur la vision pittoresque de nombreuses niches taillées de la roche, certaines méritant le terme de petit hypogée, d’autres de simples petits reposoirs à offrandes que devaient occuper de petites céramiques ou des offrandes mineures, alimentaires ou florales par exemple. Notons toutefois un très beau relief sculpté à même la roche, avec une scène de banquet et une autre d’offrande que rien ne viens protéger des outrages de la météo alors qu’il s’agit pratiquement du seul élément décoratif encore in-situ.

Quittant le site, contents d’une belle découverte mais quelque peu transis de froid par le vent soufflant désormais en fortes rafales, nous sommes ensuite rentrés sur Syracuse ou une tentative de visiter les ruines du temple de Jupiter (difficile à trouver !) fut un échec puisque le site était inaccessible.

C’est donc vers quinze heure trente que je libérais Giuseppe de ses obligations à mon égard et lui souhaitait un bon retour à Trapani, le remerciant de sa bonne compagnie tout au long de ces trois jours.

Rentré à l’hôtel, je me reposais un peu les pieds, fatigués malgré la voiture, et regardais quelques films sur mon ordinateur avant de sortir pour aller manger à Ortygie. Malheureusement le plat, une escalope à la syracusaine accompagné de patates, s’avéra des plus médiocre et le vin rouge l’accompagnant ne vint pas relever le repas. Je rentrais donc à l’hôtel quelque peu dépité, cette journée ayant laissé comme un goût de trop peu… Cependant je ne pris pas un chemin direct, préférant me changer les idées en m’offrant une petite balade nocturne dans les ruelles du quartier et sur le bord de mer avant d’enfin gagner ma couche.

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Eloro – Noto – Akrai

Pratique

Type : Voyage en transports en commun avec trois jours en compagnie d’un chauffeur particulier

Durée : deux semaines et demi

Transport : Avion, train, bus, voiture privée

C’est donc au cœur des collines du centre-est de la Sicile que nous avons commencé notre seconde journée d’excursions en voiture, avec pour objectifs principaux les villes de Centuripe, Leontinoi, et Megara Hyblea, d’aimables Siciliens m’ayant informé la veille de mon départ que le site de Thapsos que j’avais initialement prévu pour cette journée était fermé.  La perte la veille de mon appareil photo rendait aussi nécessaire l’acquisition d’un nouvel appareil, tâche réservée au début de soirée à Syracuse, où nous pourrions trouver des magasins adéquatement équipés.

C’est donc à Centuripe que nous avons commencé notre série de visites, avec un petit musée archéologique de construction relativement récente où les pièces sont assez bien mises en valeur, même si toutes les explications sont exclusivement en italien et manquent peut-être de clarté pour le grand public. On notera en tout cas la présence de quelques beaux portraits datant du début de la période impériale. Juste en face du musée se trouvent également quelques murs et quelques colonnes, vestiges du siège local du collègue des Augustales, prêtres du culte impérial, mais un ensemble qui ne dira rien à celui qui le contemple sans se songer aux maquettes et plans vus dans le musée…

Nous promenant dans la ville et passant sur trois des cinq collines qui lui donnent, vu des airs, une forme vaguement humaine, nous avons ensuite admiré l’art de ses habitants à accrocher aux parois abruptes routes et habitations. Nous avons également contemplé les vestiges d’un mausolée romain, lui aussi fortement ruiné au point qu’il n’en reste guère qu’une espèce de podium qui devait être couronné de statues ou d’un petit édifice aujourd’hui disparu.

Quittant Centuripe, nous avons ensuite pris la direction de Lentini, nom moderne de Leontinoi. Un musée, petit et d’un intérêt assez limité, s’y trouve et ce fut, heureusement, notre premier arrêt dans la ville. Je dis heureusement car ses employés (cinq gardes et un caissier, pour un ensemble muséal de trois pièces en enfilade et un couloir) m’indiquèrent que le site archéologique était présentement fermé afin de permettre la rénovation de ses installations sanitaires. Si je ne vois pas le lien entre l’accès à des pierres plurimillénaires et l’installation de toilettes du vingt-et-unième siècle, j’apprécie toutefois de ne pas perdre temps et essence pour rejoindre un site fermé…

Sautant donc cette étape, nous avons alors rejoint le site de Megara Hyblea, une autre colonie grecque située cette fois au bord de la mer, entre Catane et Syracuse. Le garde nous ouvrit le site (nous devions être ses premiers clients du jour, voir même de la semaine…) sous le regard endormi de son chien, et nous avons donc pu découvrir… pas grand-chose. Le site, enserré dans un dense tissu industriel comprenant notamment diverses installations pétrochimiques, est largement recouvert par la végétation. Son architecture est par ailleurs difficile à comprendre, les murs appartenant essentiellement à des structures archaïques sur lesquelles sont venues se poser les fondations de bâtiments hellénistiques aux plans atypiques et irréguliers, suivant parfois une orientation différente.

J’errais un peu moins d’une heure sur le site, suivant les anciennes rues en quêtes de détails qui me faciliteraient la compréhension des lieux, découvrant des panneaux explicatifs effacés ou rouillés au point d’en devenir illisibles…

Quittant finalement ce site, nous avons pris la direction de Syracuse, approchée donc par le nord. Etant largement en avance sur le planning, nous avons alors décidé de profiter de l’occasion pour découvrir le site de Pantalica, une nécropole essentiellement préhistorique située au milieu d’un cadre naturel préservé et enchanteur. La nécropole est d’ailleurs reprise sur les listes du patrimoine de l’humanité conjointement avec Syracuse, mais le label UNESCO n’a pas conduit à une augmentation du tourisme qui mettrait en danger le site.

Une vallée taillée par une rivière, véritable torrent coulant au fond de la gorge, masqué par une végétation dense et diversifiée, des parois abruptes percées de dizaines de niches funéraires, certaines étant de véritables catacombes familiales. Cependant la nature du terrain, la chaleur et une certaine fatigue firent que nous n’avons parcouru que trois kilomètres à l’intérieur de la vallée, pas suffisamment que pour découvrir le palais proto-historique dont la légende veut qu’il ait appartenu au dernier souverain autochtone avant la fondation de Megara Hyblea…

Etant toujours en avance, et ayant repris des forces dans un café proche, nous avons alors gagné la forteresse de l’Eurialo, à l’extrémité du plateau de l’Epipole (rien de people ici hein !).

Le site constituait un point clé du système défensif de la cité hellénistique, après avoir été un des lieux les plus importants du siège athénien de la ville. Certaines des technologies les plus avancées du moment avaient été déployées pour permettre la défense de ce secteur stratégique : trois fossés, deux enceintes, un bastion final, de nombreux souterrains pour contrer les efforts de comblement des fossés et permettre le ravitaillement, d’épais murs, … Bref le sommet de l’art de l’époque, pratiquement aussi impressionnant que la grande galerie de Sélinonte.

C’est vers 18h30 que nous avons fini la visite et que nous nous sommes mis en quête d’un nouvel appareil photo. Il fallut près d’une heure et demi et trois centres commerciaux avant de trouver un appareil de qualité, payé bien plus cher que sur internet mais instantanément utilisable…

Nous sommes alors partis pour le centre-ville de Syracuse et l’île d’Ortygie, sur laquelle j’avais réservé nos chambres pour la nuit. Une pause fraicheur plus tard et c’est sur la piazza Duomo que nous sommes allés manger, un bon repas prit en terrasse dans un décors magnifique mêlant baroque et antique. Une lasagne locale en entrée et un mélange de viandes cuites en chambre, accompagnées d’une purée de légumes et d’un bon Nero d’Avola, que demander de plus pour terminer une telle journée ?

 

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Type : Voyage en transports en commun avec trois jours en compagnie d’un chauffeur particulier

Durée : deux semaines et demi

Transport : Avion, train, bus, voiture privée

Ce vendredi était le premier de trois jours complets passés en la compagnie de Giuseppe, le chauffeur déjà rencontré le dimanche de mon arrivée pour la visite de Ségeste. A l’heure dite, en l’occurrence neuf heure, il m’envoya un sms pour m’indiquer être en face de la porte de mon hôtel. Descendant immédiatement, je le rejoint pour le premier de nos déplacements, direction la villa romaine del Casale, dite villa des filles en bikini ou le paradis de la mosaïque, selon que vous vous intéressez aux motifs représentés ou aux éléments les plus exceptionnels du bâtiment.

Datant sans doute de la fin du troisième siècle de notre ère et ayant du appartenir à un proche de l’un des tétrarques (empereurs à une époque où Rome pensait avoir besoin de quatre souverains pour défendre ses frontières face à la pression barbare), l’édifice massif était une résidence de plaisir et de luxe dotée de tous les conforts, y compris de vastes thermes. Mais le plus impressionnant est bien sur son sol orné de centaines de mètres carrés de mosaïques pratiquement intactes, la plupart représentant des éléments liés à la chasse ou à la pêche, notamment une magnifique scène montrant la capture et le transport des animaux sauvages exotiques à Rome. Cependant la pièce la plus connue est celle où une série de jeunes filles joue à divers jeux dans des tenues qui rappellent effectivement les modernes maillots de bain.

Mais les thèmes abordés dans les mosaïques sont beaucoup plus vastes comme en témoigne la course de chars dans les thermes ou l’accueil des visiteurs, représenté dans une des pièces secondaires, ou encore la salle de réception principale, et son décor évoquant essentiellement des mythes liés à la Thrace ou à Hercule.

Alors que nous nous dirigions vers la voiture je trébuchais et laissait échapper mon appareil photo, lequel tomba et dévala quelques marches avant de s’arrêter. Malheureusement pour moi cette chute était celle de trop pour ce fidèle compagnon de mes voyages puisque son écran refusa de s’allumer. Une photo prise à l’aveuglette et examinée sur mon ordinateur révéla par ailleurs que le capteur était également touché, donnant à l’image des couleurs psychédéliques non dénuées d’un certain intérêt artistique mais aussi entièrement inutilisable à des fins documentaires…

Nous avons ensuite gagné la ville de Piazza Armerina, une ville étagée sur plusieurs collines et présentant au visiteur un dédale de rues étroites, de nombreuses façades de palais et quelques églises que je pu photographier à l’aide de l’appareil de Giuseppe, qu’il m’avait gracieusement prêté. Nous avons profité des lieux pour prendre un repas simple mais aux saveurs bien locales, avant de repartir vers de nouvelles découvertes antiques, à commencer par les vestiges de Morgantina, ville antique d’origine préhellénique mais refondée sous l’influence des colons venus de Grèce.

Si une partie de ses quartiers d’habitation hellénistiques et romains sont conservés, ce sont surtout les vestiges de son centre monumental qui attirent les regards des visiteurs. A vrai dire le site ne comprend aucun grand temple classique, même si plusieurs sanctuaires ont été retrouvés. En revanche Morgantina conserve un beau théâtre, une Agora entourée de plusieurs portiques et un magnifique exemple de Macellum, le marché des produits de luxe de l’époque romaine, implanté en bordure de l’Agora. On note aussi les vestiges d’un bouleuterion, siège de l’assemblée dirigeante de la cité.

Une réutilisation ultérieure d’une partie des portiques a également laissé les traces de diverses activités artisanales, notamment un très grand four de céramiste, marque d’une situation temporaire de forte activité économique ayant suivi une période de déclin.

Quittant le site, nous avons alors gagné la petite bourgade d’Aidone, où mon chauffeur et moi passerions la nuit. Mais avant de gagner l’hôtel il nous restait une dernière visite à faire, en l’occurrence le petit mais richement fourni musée de la ville. En effet ce musée vient de se voir confier une remarquable statue de Vénus exportée à l’issue de fouilles illégales et acquise par le musée californien Getty avant d’être rendu à l’Italie. Le musée était en outre le siège d’une exposition sur les ors de Morgantina, un trésor essentiellement composé de vaisselle d’or et d’argent richement travaillée, avec notamment une des plus belles pièces d’orfèvrerie antique qu’il m’ait été donné de voir hors des productions Thraces. Le musée abrite par ailleurs une bonne part des objets retrouvés dans la ville antique, en large part une céramique relativement peu diversifiée et ne comprenant pas de chef d’œuvre particulier.

Gagnant ensuite l’hôtel, nous nous reposâmes un peu avant de nous mettre en quête d’un restaurant, le site Trip Advisor consulté par Giuseppe nous fournissant une adresse qui se révéla exceptionnelle. Pour un prix des plus abordables nous eûmes le plaisir de déguster un repas fin aux saveurs relativement peu courantes : si mon guide prit en entrée une forme de purée de pois agrémentée de divers légumes et légèrement gratinée, avant de prendre un plat de lapin préparé de façon locale, je choisi pour ma part une entrée composée d’une mousse aux truffes accompagnées de ses toasts et un ragout d’âne en plat, ce dernier met ressemblant un peu au bœuf bourguignon mais avec une viande au goût un peu plus relevé et ma foi fort agréable ! (et pour ceux qui me traiteront d’ogre, je répondrais que Donkey avait bien mérité la vengeance de Shrek …). Ces plats étaient bien sur accompagnés d’un vin local, en l’occurrence un excellent Nero d’Avolla bien chambré, vin phare de l’île souvent servi trop frais.

Sur ce nous avons regagné l’hôtel, satisfaits de cette première journée d’expédition routière, malgré la perte de l’appareil…

 

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